Musica Franca


Tel un tout formé d’éléments distincts et contrastés, Musica Franca, le nom de notre ensemble,s’inspire de la synthèse des styles italien et franÁais comme de la rencontre amicale de musiciens provenant d’horizons différents. Riches de nos expériences diverses et compatibles, nous plongeons avec curiosité et passion dans l’univers de deux compositeurs qui passèrent leur carrière à amalgamer le goût italien au goût français, Michel Corette et Joseph Bodin de Boismortier.

Au sein de cette capitale culturelle de l’Europe qu’était Paris à l’aube du siècle des lumières, l’inévitable combat des idées anciennes et nouvelles avait trouvé dans le pamphlet un moyen d’expression immédiat et virulent. Les prétextes politiques souvent cachés derrière des échanges de points de vue artistiques semblent pourtant n’avoir que fort peu préoccupé Corette et Boismortier. Ils livrèrent à un public déchiré par les querelles une musique fraîche et confiante, où les différences étaient unifiées plus qu’opposées, défiant ainsi toute critique tant par la fusion habilement réussie des styles que par l’originalité du matériel thématique.

Bien que partageant certaines qualités communes, les compositions de Corette et Boismortier présentent des signes distinctifs accordant à leur úuvre respective une couleur toute particulière. Les sonates de Corette sont écrites généralement dans le registre plus aigu du basson et une invention stylistique contrastée colore fortement chacune des sonates. Musique inventive et vivante, les émotions exprimées sont franches et directes, sans jamais toutefois laisser place à la mélancolie ou à la dureté. Quant à la musique de Boismortier, plus en demi−teintes, elle recèle dans ses canevas miniatures une palette incroyablement riche de couleurs, d’émotions à peine suggérées, exultant ainsi une grâce subtilement exprimée, demandant à l’interprète une grande virtuosité d’articulation.

Un rapide coup d’úil sur la partition pourrait laisser croire à une oeuvre d’une simplicité un peu décevante, mais la musique de Corette et Boismortier n’attend que l’esprit d’un interprète pour prendre vie et ainsi dévoiler sa beauté. Comme un tableau qui n’attend que sa restauration pour montrer l’éclat de sa couleur d’origine, c’est dans cette musique que la notion d’interprète prend tout son sens, nous permettant non seulement de révéler, mais aussi de choisir nous−même les couleurs de ces petits chef−d’úuvres. C’est aussi dans cette optique plus "coloriste" que nous avons choisi pour cet enregistrement d’utiliser, bien que tous expérimentés sur les instruments d’époque, nos instruments modernes.