ACHAT CD
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Joseph Bodin de Boismortier (1689−1755)
Bien qu’ayant laissé une úuvre considérable et occupé une place de choix parmi les principaux acteurs de la vie culturelle de Paris au 18ième siècle, on ne sait en fait que très peu de choses sur la vie de Joseph Bodin de Boismortier.
Ce n’est même qu’assez récemment qu’on a pu établir avec certitude que ce prolifique compositeur du siècle des lumières serait né en Lorraine, à Thionville, en 1689. Avec une documentation concernant ses années de jeunesse des plus minces, même ses plus fidèles et dévoués biographes se livrent à toutes sortes de conjectures pour expliquer son établissement en pays Catalan vers 1713, comme Receveur de la Régie Royale des Tabacs pour les troupes en Roussillon.
Son ascension vers la scène musicale parisienne, à partir de la lointaine Perpignan, ainsi que les conditions de son initiation musicale restent également bien mal documentées. Arrivé à Paris en 1723, Boismortier obtiendra rapidement un premier privilège d’édition (1724) lui permettant de publier quatre à cinq recueil d’úuvres par année. Ces publications remportèrent rapidement un succès qui lui permit de faire vivre son ménage sans la protection d’un prince ou une charge de maître de chapelle.
C’est donc libre et sans contrainte que Boismortier gravira les échelons du milieu musical parisien pour arriver à présenter en 1736 son úuvre "Les Voyages de l’Amour" à la prestigieuse Académie Royale de Musique. S’adaptant sans cesse aux exigences du public, il écrira des recueils pour tous les instruments en vogue en France à cette époque, à l’exception de l’orgue et du luth. Boismortier se retirera finalement de la scène musicale en 1752, victime de la "Querelle des Bouffons", lui qui pourtant passa sa vie à amalgamer le style français à l’inévitable montée du style italien. Il s’éteindra en 1755 dans son manoir de la Gâtinellerie, propriété que ses succès lui avaient permis d’acquérir.
Peut−être faut−il chercher dans les origines provinciales de Boismortier, et donc dans sa fréquentation obligée des petits cercles provinciaux de musiciens amateurs, les raisons qui le poussèrent à écrire d’abord toutes ces úuvres de musique de chambre, visiblement destinées à un public d’amateurs. Il importe cependant de noter qu’au 18ième siècle, ce terme d’amateur n’avait aucunement cette connotation légèrement péjorative qu’il peut avoir de nos jours. En effet, l’instruction musicale faisait souvent partie intégrante de l’éducation des bourgeois et des nobles et la pratique de la musique en société était un divertissement bien en vue. Boismortier, comme Blavet, Baudot, La Barre et tant d’autres ont tous fréquenté les salons de telle princesse, ou de tel bourgeois fortuné. Dans ces salons, leurs úuvres étaient données en concert soit par leur auteur ou par un autre invité, parfois même par l’hôte qui les recevait. La haute fréquentation de ces événements ainsi que l’immédiate publicité dont bénéficiait quiconque y présentait une nouvelle úuvre devait constituer à cette époque un formidable outil de diffusion, élément indispensable au succès de la carrière d’un compositeur libre de toute attache.
Cette profusion d’úuvres abordables et d’apparence assez simple n’empêcha toutefois pas Boismortier d’explorer les différents styles musicaux à la mode, passant avec aisance des danses de la suite française aux vifs mouvements de la sonate italienne. Il sera d’ailleurs le premier compositeur français à écrire un concerto pour instrument soliste (Concerto op.26 pour Violoncelle, viole ou basson), à la manière des concertos italiens. Malgré les mauvaises langues persiflant au sujet de l’abondance de ses ouvrages, il s’essaiera à tous les genres, laissant une úuvre riche, variée et originale.
Un autre moyen d’assurer une diffusion aussi large que possible aux úuvres écrites à cette époque était la diversité d’instrumentation proposée. Dans les cinq recueils dont sont extraites les sonates présentées sur ce disque, les pages de titre suggèrent l’utilisation du violoncelle, de la viole ou du basson, dans des ordres différents selon les ouvrages. La viole, instrument par excellence du grand siècle commençait alors à perdre du terrain au profit du violoncelle, fraîchement arrivé d’Italie. Le basson, basse de la famille des vents, connaissait de son côté un développement technique lui permettant de se montrer l’égal des basses à cordes dans le répertoire soliste.
Si les sonates de l’opus 26, dédiées au violoncelliste Labbé, font montrent d’une écriture particulièrement idiomatique au violoncelle, les sonates sans chiffrage des opus 14, 40 et 66 semblent, par leurs exigences techniques et leurs tonalités appropriées, convenir à merveille aux possibilités techniques et expressives du basson. Dans ces sonates, les allemandes et courantes de la suite française précèdent ou font suite à des siciliennes ou des largo, entremêlant ainsi les divers styles en un même langage pour le plus grand plaisir de l’interprète et de l’auditeur.
Un peu à l’image de ces musiciens amateurs du 18ième siècle, c’est dans une optique de plaisir et de bonheur que ce disque à été conçu. Parcourant les cinq volumes de sonates à deux basses de Boismortier, nous avons extrait celles qui semblaient présenter le plus d’intérêt, offrant ainsi un aperçu intéressant de l’évolution du style et de l’écriture d’un compositeur tout au long de sa carrière. Utilisant les reproductions des gravures originales pour nous approcher le plus possible des intentions du compositeur, nous avons parfois pris la liberté de varier l’instrumentation au sein d’une même sonate afin de donner à ces úuvres un maximum de couleurs.
Génial orchestrateur, alchimiste des sons, nous nous plaisons à penser que Boismortier aurait apprécié cette lecture différente et originale de ses úuvres, dans laquelle l’alliage inusité d’un luth avec un contrebasson accorde à ces lignes de basse une profondeur et une gravité nouvelle.
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